Les sectes et nous
Lorsque j’ai pensé à la création d’un ordre humaniste et citoyen, j’ai bien sûr pris conscience que l’on pourrait nous traiter de secte. D’autant plus, que j’ai moi-même été indirectement victime d’une telle accusation, lorsque j’étais candidate aux Législatives en 2007 pour le parti La France en Action. Un député français, Georges Fenech, député UMP, s’était visiblement mis en tête de détruire le mouvement naissant en racontant deux jours avant les élections à l’AFP qui l’a répercuté sur toutes les ondes que le parti était basé sur des sectes ! Cela me fait rire encore aujourd’hui, tellement c’est ridicule. Ce n’est pas parce qu’il y a quelques farfelus dans ce mouvement ou des personnes très engagées en termes d’écologie ou de médecines douces que l’on peut discréditer tout un mouvement sans le connaître. Je recherchais à l’époque un mouvement dont les dirigeants vivent ce qu’ils professent, qui me corresponde donc dans les faits. J’ai dû constater que, eux non plus, ne font pas ce qu’ils professent, et j’ai ainsi vite quitté le mouvement. D’ailleurs j’ai également constaté que les autres partis de gauche ne font pas non plus ce qu’ils recommandent. A y réfléchir, j’ai plutôt l’impression que les partis sont comme les religions, si l’on ne se soumet pas sans remise en question aucune à la loi interne et à la caste dirigeante, on se fait exclure, on n’est pas aidé/e, qu’on ait les meilleures intentions du monde ou pas.
Avant d’écrire ce texte, j’ai regardé plusieurs films sur les sectes sur Internet. Et je peux vraiment affirmer que nous n’avons rien à voir avec tout cela. Je suis moi-même agnostique après avoir compris que les religions nous asservissent et que je n’arrive pas à croire ce que certains autres arrivent à croire, mais je n’ai aucun problème à accepter que d’autres soient croyants et pratiquants. Dans ma petite communauté virtuelle qui existe depuis quelques années et sans laquelle je serais encore plus isolée, les autres membres sont musulmans modérés. Cet isolement qui m’accable depuis de nombreuses années m’a permis et me permet encore aujourd’hui de beaucoup réfléchir. Si je n’étais pas aussi souvent seule avec mes pensées, je n’aurais jamais pu développer et écrire tout ce que j’ai développé et écrit jusqu’à présent. Si je suis arrivée à la création d’un ordre et non pas d’une simple association, c’est que j’ai en tête quelque chose qui a existé il y a bien longtemps et que j’ai besoin de revivre. Dans les monastères où vivaient des nonnes, il y avait une mère supérieure d’âge mûr, des novices entrées récemment dans le monastère et ce que l’on pourrait voir comme la classe ou la couche moyenne de femmes entre les deux classes d’âge, et toutes travaillaient et priaient ensemble.
Notre ordre est laïc, il n’est pas question de passer des heures à prier, mais à agir, toutefois, chacun peut suivre sa religion tel qu’il l’entend, il n’y a pas de religion dominante, si ce n’est le service au monde meilleur. Nous considérons d’ailleurs comme un enrichissement mutuel de tous d’échanger sur des thèmes spirituels et philosophiques avec des personnes ayant des passés très variés.
Pour nous, il n’y a donc pas de fin programmée du monde en ce qui nous concerne, mis à part ce que nous montrent Al Gore et Yann Arthus Bertrand. Il n’y a pas non plus de lever à 4 h du matin, mis à part pour ceux qui veulent voir un lever de soleil. Marcher par exemple pieds nus dans la neige est peut-être considéré particulièrement revigorant chez les Russes ou les Finlandais, mais je crains que les Français n’en raffolent pas. Les violences corporelles et psychologiques sont bien évidemment proscrites. Et nous ne vivons pas coupés du monde, mais en avance dans bien des domaines, c’est pourquoi il nous faut nous protéger.
Ce que nous souhaitons réussir avec cet ordre c’est une protection pour des personnes que l’Etat capitaliste abandonne, que les Églises dominantes abandonnent, que les partis abandonnent, que les syndicats abandonnent, des personnes qui sont exclues parce que ce qui prime pour elles c’est vraiment le respect de l’être humain et non la soumission à des dogmes néolibéraux et des croyances qu’elles n’acceptent plus. Nous avons besoin de plus d’entraide, de plus de partage, de plus de communauté. Notre société fait tout le contraire. C’est pourquoi il est urgent d’agir, de créer cette communauté.
Encore un mot sur la tolérance. Toute tolérance a ses limites sinon cela devient de l’intolérance à la liberté de l’autre de ne pas accepter une chose. Nous voulons être une communauté harmonieuse, une femme voilée ou en burka ne pourra donc pas venir s’installer avec nous si l’un des membres de la communauté ne peut accepter ce type de présentation de la personne. Nous ne voulons pas de dictature de la majorité ce qui frustrerait inévitablement la minorité et nuirait gravement à la bonne entente entre le groupe. Mon idée est que pour qu’une personne en burka soit acceptée, il faut que l’écrasante majorité des personnes de son environnement puissent l’accepter, ce qui n’est pas le cas en France. Il faut donc que la femme en burka fasse un effort, tout comme aucune femme ne peut se présenter en bikini sur des plages contrôlées par des talibans en criant à la tolérance. Elle le pourra quand l’écrasante majorité l’acceptera, ce qui n’est pas prêt d’arriver. La tolérance exige donc aussi l’adaptation aux situations en place et non l’affront brutal.
Article suivant : Partager au sein de l’Ordre Aline Sitoé Diatta
Les articles précédents
Fondation d’un Ordre Humaniste et Citoyen
Construire le monastère citoyen
L’intérieur du monastère citoyen
Financement du monastère citoyen Aline Sitoé Diatta
Les résidents du monastère citoyen
Les résidents particuliers du monastère citoyen
Travailler au sein de l’Ordre ASD
