Sonia J. FATH
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Les résidents particuliers du monastère citoyen

dimanche 28 juin 2009, par Sonia

Un ordre humaniste et citoyen qui a l’humain au centre de ses préoccupations se considère bien évidemment comme un lieu de formation et d’éducation. C’est pourquoi la personne qui fera la cuisine dans notre monastère fera une formation professionnelle sur le tas qui lui permettra de progresser tout en travaillant. L’objectif n’étant pas l’augmentation des revenus par plus de compétences, mais l’épanouissement personnel et l’augmentation de la diversité des activités.

Mais le plus important pour la question des résidents particuliers est le souhait d’accueillir pendant trois à six mois, ou en fonction des besoins, une personne qui a perdu un ou plusieurs membres de sa famille lors d’un accident brutal.

Je pense, dans ce cadre, par exemple à ce monsieur dont on a entendu parler dans la presse, qui était marié et avait deux filles. Un jour, l’une d’elle se suicide en se jetant sous un train non loin de leur maison. Le choc est évidemment grand pour la famille. Le jour de l’enterrement, dans une salle où était réunie la famille, une dizaine de gendarmes arrive brusquement et embarque le reste de la famille, mari, femme et sœur de force pour les emmener à l’hôpital psychiatrique : internement d’office et séparation des membres de la famille pendant plus de 5 semaines !!!

Pour tous ceux qui n’ont jamais vu l’intérieur d’une prison ou l’intérieur d’un asile de fous [1]je suis sûre qu’ils ne peuvent pas comprendre ce que cela signifie. C’est pareil pour les psychiatres ou psychologues qui pensent pouvoir comprendre ce que ressent et vit un dépressif [2]et c’est aussi pareil pour les femmes qui n’ont pas d’enfants. J’estime qu’elles ne peuvent comprendre réellement ce que cela peut signifier pour une mère de perdre son enfant. On peut s’en approcher, certes, faire les efforts nécessaires de compréhension, et avoir subi d’importantes souffrances personnelles rapproche, mais il reste une partie majeure que seule une mère peut comprendre. C’est parce que je me suis intéressée à des cas de ce genre, parce que je me suis intéressée à la psychologie depuis de nombreuses années que je souhaite offrir à une personne violemment et brutalement blessée par la vie un lieu de reconstruction, car ce qu’offre la société, prison, asile de fous et psychotropes comme réponse à leur désarroi n’est pas ce dont de telles personnes ont besoin. Je vois d’ici les psychiatres scandalisés par mon aplomb. Comment peut-elle affirmer de telles choses sans avoir fait les études, en avoir les bases et détenir les diplômes ? Mes bases, ce sont le bon sens et l’expérience de la vie ! On dirait que cela manque à beaucoup de psychiatres et psychologues.

Je suis sûre que le monsieur qui a perdu l’une de ses filles et qui au retour de l’internement forcé a perdu sa femme et son autre fille qui se sont suicidées ensemble sur la même voie de chemin de fer – une famille anéantie par la main "salvatrice" de la gendarmerie – aurait bénéficié de l’existence d’un tel lieu de reconstruction où l’on n’a pas besoin de se remplir le corps de psychotropes car on est entouré de personnes avec qui l’on peut échanger, parler de ses problèmes et se reconstruire dans une communauté bienveillante. Quand je l’ai vu, à la télé, assis sur son siège, seul dans une pièce à regarder les murs et parler de ses problèmes à la caméra, je me suis dit "quel gâchis, quelle souffrance pour cet homme !". Quelle société pourrie qui ne protège pas ses citoyens à problèmes. Si l’Etat est incapable ou manque de volonté d’assumer ses responsabilités face au peuple, il faut que les citoyens le fassent. Mais ce qu’ils font pour l’instant n’est de loin pas suffisant. On dirait qu’ils se moquent de la souffrance des autres. C’est bien pour cela qu’il faut créer de tels îlots d’humanité, car notre société se dégrade de plus en plus.

La suite dans "Travailler au sein de l’Ordre Aline Sitoé Diatta"

Les articles précédents

Fondation d’un Ordre Humaniste et Citoyen
Construire le monastère citoyen
L’intérieur du monastère citoyen
Financement du monastère citoyen Aline Sitoé Diatta
Les résidents du monastère citoyen

Notes

[1] J’emploie ce terme à dessin car dans le cas de l’internement d’office, les allocataires de ce traitement sont dépossédés de leurs droits civiques, ils deviennent des choses comme les porteurs de cerveaux dont les neurones auraient fondu

[2] Je pense qu’ils ne peuvent le ressentir que s’ils ont été dépressifs eux-mêmes à un moment de leur vie

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