Puisque cela fait deux fois que je lis des textes où l’A.D.I.E. apparaît comme la bienfaitrice des petits créateurs d’entreprise, j’ai décidé de changer le titre de l’article de ADIE - je ronge mon frein en "L’ADIE n’aide pas", car dans mon cas précis, et quand on est dans ma situation on a besoin d’aide, l’ADIE ne m’a pas aidée. Elle a juste réussi à m’enfoncer encore davantage dans la dégradation financière. Merci l’ADIE.
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Lors d’une visite ce matin (12 février 2003) à l’ANPE Hautepierre (Strasbourg) pour prendre un rendez-vous auprès d’un conseiller afin de profiter d’un bilan de compétences, une animatrice m’adresse la parole alors que je suis en train de feuilleter un classeur de l’ONISEP en attendant l’appel de mon numéro 019. On est au 009, j’ai donc largement le temps de faire autre chose. D’ailleurs, comme d’habitude, j’avais emporté un livre à lire.
L’animatrice me demande si je sais utiliser le ROME et si j’ai un rendez-vous avec un conseiller. Non, pour le premier, oui pour le second. Elle me propose de m’expliquer et me raconte qu’elle vient régulièrement d’un cabinet conseil dans les locaux de l’ANPE. Je lui demande à tout hasard si elle veut bien jeter un coup d’oeil sur mon CV. Tout en parlant, elle m’explique qu’elle vient de voir une annonce qui pourrait me convenir. Elle m’indique environ la direction où elle est accrochée et poursuit la conversation avec une autre dame. Je finis de lire mon article et pars à la recherche de l’offre d’emploi. Je ne la trouve pas, car je ne suis pas encore familiarisée avec les lieux. Me voyant chercher au mauvais endroit, elle vient à mon secours et finit par la trouver avec moi. Il s’agit d’une offre sans adresse, mais le conseiller qui me reçoit par la suite me fournit l’adresse en question. Quelle surprise que d’entendre qu’il s’agit de l’ADIE, 8, boulevard de Nancy. Cela fait un bout de temps que je voulais les rencontrer pour me présenter et voir comment fonctionne l’ADIE et ce que l’on y fait exactement. En plus, 8, boulevard de Nancy, c’est l’adresse du lieu de ma première tentative de retour en France, en l’an 2000 (après 23 ans en Allemagne), où j’avais eu un bureau chez ACTIF Nord-Est et d’où j’avais dû déménager de toute urgence mes quelques affaires, avant que l’huissier n’y appose son coucou, car personne ne m’avait dit que l’entreprise était déjà en faillite lorsque je me suis installée trois semaines auparavant !
Avec mon bagage d’informations de l’ANPE, je retourne prendre le déjeuner chez moi et avec l’idée en tête d’aller visiter l’ADIE l’après-midi. Le poste présenté correspondant exactement à mon profil et à ce que je souhaite faire : travailler dans un milieu « éthique », en tout cas social, en équipe, sur des sujets économiques avec une clientèle défavorisée. Je m’applique pour préparer un CV concis, mais bien explicite et une lettre de motivation et me dis que je vais le porter moi-même étant donné que je souhaitais voir ce qu’étaient devenus les anciens locaux où j’avais résidé pendant quelques jours. J’arrive à bicyclette et me gare dans la cour. Cela fait bizarre de remonter le chemin qui conduit à l’association qui réside maintenant dans les anciens locaux retapés à neuf. Il s’agit de l’OGACA - entreprise et culture. L’ADIE se trouve juste en face. Je sais que je vais y trouver une foule de documents et d’informations et monte les escaliers, en passant entre trois hommes en train de fumer une cigarette, ce qui me fait, une fois de plus, retenir ma respiration jusqu’en haut. Il n’y a personne à la réception, mais je vois une jeune femme derrière une porte fermée. Je frappe, ouvre et demande si c’est bien madame S.C. indiquée sur ma fiche-emploi de l’ANPE. Elle est derrière son ordinateur et me demande ce que je veux. Je lui tends mon CV en disant que c’est une candidature en réponse à leur offre d’emploi et que j’ai préféré la remettre moi-même étant donné que je voulais revoir et connaître le lieu. Elle me répond qu’elle n’a pas le temps et tout en retirant mon CV me demande quelle sont mes compétences. Il me semble que je lui réponds « création d’entreprises éthiques ». Elle me demande qu’elle est ma formation, mon diplôme. Je dis « gestion des entreprises européennes ». Elle me demande combien d’années. Je dis un an, que c’est post-universitaire. Et elle me demande mon diplôme le plus élevé. Je suis ébahie et lui dis une maîtrise, BAC + 5. Je sais que c’est bien plus que ce qui est demandé (BAC + 2). Mais j’ai besoin de gagner ma vie, de toute urgence. En plus, j’ai les compétences et le salaire n’est pas ma motivation primordiale. Alors où est le problème ? Je veux travailler, je suis disponible de suite, j’apporte tout et plus qu’il ne faut et en plus une volonté d’enfer en prime. Mais je ne suis pas un robot. Elle me fait comprendre que je dérange, et je comprends que je ferais bien de partir. Je vais trouver quelqu’un d’autre pour signer les papiers pour montrer à l’ANPE que je suis bien passée.
Pourquoi, me dis-je, pourquoi est-ce ainsi dans ces milieux ? Où est la différence avec le capitalisme sauvage qui a cours ailleurs ? Où est la place de l’être humain ?
Je suis une femme de 44 ans qui a survécu pendant 25 ans en Allemagne, toute seule et en profession libérale dans un métier qui conduit à la solitude. J’ai eu le culot de changer de métier, de vouloir faire quelque chose d’intelligent, de sensé, pour la société et non plus contre elle et uniquement pour moi, je voulais aider les autres plutôt que continuer à amasser du matériel.
J’ai fait trois ans de bénévolat pour mon auto-formation, toujours et uniquement à mes frais, sans aucun appui extérieur.
Je suis revenue en France, parce que je voulais servir mon pays dans le social et non pas servir de bouc émissaire en tant qu’étrangère dans un pays qui aime bien se servir des étrangers, mais ne les respecte pas.
J’ai investi énormément directement et en manque à gagner et je pensais que l’on m’aiderait à trouver ma place dans la société alternative puisqu’elle se dit siiiiiii sociale et siiiiiiii solidaire.
Je suis en recherche d’emploi, car je dois financer ma vie. Je n’ai pas droit aux Assédic, ni à d’autres subventions. Je me sens discriminée par cette société qui prêche la liberté, l’égalité, la fraternité. Mais surtout, j’enrage de ce gaspillage de compétences. 3 ans, 1 mois et 12 jours pour trouver une place, des missions, un travail rémunéré ! Et toujours rien. On ne me prend pas au sérieux.
Je vais laisser passer une nuit pour voir si la douleur disparaît. -
12 février 2003
Sonia J. FATH
18 septembre 2004
4 ans, 8 mois et 18 jours ! et le RMI depuis avril 2003, quel progrès !
Toujours exclue, mais toujours là et de plus en plus résistante. ! ! !
2 avril 2005 : 5 ans, 3 mois et 2 jours depuis le changement de cap. Le RMI jusqu’au 30 avril. Gérante depuis fin 2004 d’une SARL humaniste, il y aura sans doute exactement 300 euros pour rémunérer ma vie à partir de mai. Le combat continue ! ! !
19 novembre 2006 : 6 ans, 11 mois et 19 jours dans un autre monde, celui qui se fait écraser par les possédants et le pouvoir. Mais je suis toujours là, cette fois-ci directrice d’une association en contrat d’avenir, ce qui veut dire 693,94 euros nets, mais je dois reverser 155 euros par mois en 2006 à l’association pour qu’elle puisse me verser mon salaire !!! C’est ça l’économie solidaire de nos têtes de réseau alibi. Et on dirait qu’avec le temps je ne m’adoucis pas, il est vrai que je n’ai pas encore 70 ans, en plus, "Sonia, tu es dos au mur, tu as tous les droits !" Parfait, je poursuis donc mon chemin...
